EXTRAITS

les larmes des roisécouvrez notre sélection d'extraits du 1er tome, Les Larmes des Rois, roman de High Fantasy.

 

news Premier extrait
17/11/2009


Les éclats blafards de la lune éclairaient d’une lumière d’argent les cimes enneigées de la montagne. Aux pieds de ses flancs abrupts, la ville d’Onyr scintillait de myriades de lumières changeantes, reflets multicolores des étoiles qui brillaient au-dessus d’elle.
Au sommet d’une crête déchiquetée dominant la ville illuminée, Nilmaril observait avec amertume le camp de ses anciennes armées dressé aux portes de la ville. Comment son propre peuple avait-il pu le condamner à l’exil après la victoire qu’il leur avait apportée ? Hier encore il était le prince héritier de son royaume, Gloranel, et à présent il n’était plus qu’une âme en peine errant dans la montagne silencieuse. Lui qui allait bientôt succéder à son père en tant que roi sur le trône de Medrinnon !
Alors que le prince ravalait un hurlement de rage, un murmure, comme un léger sifflement porté par le vent souffla derrière lui. Il se retourna vers la source du bruit, mais il ne vit rien d’autre que les ombres allongées des arbres bordant le sous-bois. Pourtant ses sens exacerbés lui criaient que quelque chose l’observait.
- C’est fait. Souffla alors une voix venue de nulle part.
Nilmaril perçut un mouvement à l’orée de la forêt. Une ombre plus grande que les autres se dressait à quelques pas de lui, à l’intérieur de laquelle luisaient deux iris bleutés, comme deux petits morceaux de glace polis qui le fixaient avec une froide intensité.
- C’est vous… Soupira-t-il. L’Ordre des Paladins a-t-il finalement décidé que l’exil n’était pas assez ? Ils vous ont envoyé pour me tuer ?
Sa main glissa subrepticement vers la garde de son cimeterre. Il ne se laisserait pas assassiner sans combattre. Une silhouette de forte carrure se découpa dans l’ombre, mais elle resta à demi dissimulée dans la noirceur du sous-bois. Pourtant Nilmaril avait reconnu son vieil ami aux yeux toujours étincelants.
- Sachez que je ne viens en aucun cas au nom de l’Ordre. Je ne suis là qu’en tant qu’ami. Je viens vous porter la nouvelle : c’est fait, votre père est mort.
Le prince regarda fixement son visiteur, sans pouvoir ouvrir la bouche. Qu’aurait-il pu dire de toute manière ?
- Cela ne vous attriste en rien, n’est-ce pas ? Rit doucement le nouveau venu. Nulle tristesse, pas même un peu de regrets ? Vous avez raison, vous n’avez pas à vous en vouloir, je sais ce qui vous a poussé à le faire.
Le prince porta sans y penser la main à sa poitrine. A son cou pendait une gemme violacée magnifiquement taillée et irradiant d’une lumière surnaturelle. Lorsqu’il la serra, il sentit encore déferler en lui des vagues d’énergie, mélange de puissance et de souffrance.
- Vous ne savez rien de ce qu’il m’arrive. Vous ignorez tout de ce que j’ai traversé !
- Au contraire je sais. Le coupa la silhouette toujours plongée dans l’ombre. Je sais bien plus de choses que vous ne le pensez, et je suis là pour vous aider. En ce moment même la couronne de Medrinnon est vacante, et nuls doutes qu’ils ne choisiront pas l’assassin du roi pour lui succéder. Ils nommeront votre jeune frère, Thanendil, à votre place. C’est peut-être déjà fait.
- Si je l’ai tué ce n’est pas par soif de pouvoir ! C’est parce qu’il ne méritait pas son trône ! Je le mérite plus que tout autre, j’ai sacrifié jusqu’à ma vie pour mettre fin à cette guerre !
Un silence répondit à Nilmaril. De l’ombre, les deux prunelles d’un bleu glacé et luisant le fixaient comme si son ami cherchait à lire au-delà de ses pensées, dans les tréfonds de son âme.
- Mon prince… Souffla-t-il. Comme je vous comprends.
Il fit un pas pour sortir des ombres. Son visage apparut en premier. Ses traits étaient durs et sa peau comme finement ciselée dans de l’albâtre, aussi blanche que les longs cheveux qui l’encerclaient, et que les vêtements qu’il portait. Le prince ne pu s’empêcher de se demander comment il pouvait se fondre dans les ombres aussi aisément…
« Vous pensez qu’offrir votre vie ne vous a mené à rien. Qu’en récompense de votre bravoure à endurer l’ultime malédiction jetée par votre ennemi, vous vous retrouvez déchu et exilé, voué au monde des ombres à jamais. Votre peuple vous a trahi tandis que vous tentiez de le protéger, et votre propre frère vous a poignardé dans le dos. Vous n’avez que partiellement tort.
Il s’approcha encore du prince, parlant avec une voix de plus en plus douce, mais toujours parfaitement audible, comme un léger souffle de vent. Nilmaril crut un instant flotter au milieu du vide, tandis qu’il fixait sans fin les yeux luisant de son interlocuteur.
« Votre frère, tout comme votre père, ne mérite pas une couronne qui vous revient de droit. C’est vous trahir que de la ceindre à votre place. Cependant, vous vous trompez en pensant être maudit. Vous avez hérité du plus puissant des pouvoirs, et c’est pour cela que Thanendil ne fait pas le poids contre vous.
Un sourire se dessina sur le visage de Nilmaril.
- Darius, mon ami. Seriez-vous en train de trahir l’Ordre ?
- Je n’ai que faire des paladins ! Je n’étais dans l’Ordre que pour vous suivre. Vous êtes le seul que je respecte parmi tous ces imbéciles. Alors je continuerai, je vous suivrai encore maintenant, car vous êtes mon prince… Et bientôt mon roi.
- Vous voulez que je tue mon frère à présent ?
- Oh ! Ce n’est pas moi qui le veux, c’est vous. Au fond de votre esprit vous saviez ce qu’il adviendrait au moment même où la lame glacée de votre poignard figea à jamais le cœur de votre père. Vous saviez que Thanendil se trouverait lui aussi sur votre route. Vous hésitez à accomplir un acte que vous avez déjà choisi et accepté dans votre cœur.
Nilmaril porta machinalement sa main au joyau irradié qui lui gelait la poitrine. Il le serra si fort qu’il en eut mal à la main.
- Mais Thanendil est fort, et il s’attend à me voir…
- Vous êtes plus puissant que lui. Coupa son ami d’une voix froide comme l’acier. Vous le vaincrez sans peine, et je peux vous y aider. Je ne vous demande qu’un peu de patience. Restez à distance, attendez mon signal. Ne tentez rien avant cela.
- Pourquoi ne pas en finir tout de suite ?
- Je n’aspire qu’à rétablir le pouvoir qui a toujours mérité de régner. Assura Darius dans un souffle. Mais pas maintenant, pas cette nuit. Attendez mon prince, votre heure va très bientôt arriver…